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Sagesses du Monde :

Le Serpent le plus Venimeux...

 

Il était une fois du coté de Madras, dans l'Inde du sud, l'histoire de Dhiraj et ses trois compagnons.

En ce temps là, alors que la grandeur et la légende du Bouddha avait parcouru toutes les vallées, suivi tous les fleuves et les rivières, gravi toutes les montagnes, Dhiraj et ses trois compagnons n'avaient de cesse de chercher le chemin de l’Éveil.

Pour ce faire, ils avaient eux aussi traversé tous les fleuves et toutes les rivières, parcouru toutes les vallées, gravi toutes les montagnes.

Cheminant sur le chemin, auprès de Maîtres ils avaient cherché la voie, s'arrêtant ici ou là pour écouter leurs enseignements.
Mais voila !

Voila qu'au bout de presque cinq ans, Dhiraj et ses trois compagnons n'étaient pas plus avancés.

Eux qui plus que tout cherchaient la vérité, ils ne l'avaient toujours pas trouvée.

Et pourtant vous voyez, ce ne fut pas de courage ou d'efforts qu'ils eurent manqué !

Toutefois, impatients de rencontrer l’Éveil, ils n'allaient pas attendre leurs vieilles années pour le trouver.

C'est là que demeurant sous un figuier, Dhiraj dit à ses trois compagnons :
- "Nous sommes pleins d'enthousiasme et de bonnes intentions, mais tout ce que les maîtres que nous avons croisé nous ont dit, c'était que nous devions faire preuve de patience dans notre jeunesse impatiente."

Raji, le second des quatre compagnons, ajouta :
- "Ce qu'il nous faudrait, c'est trouver le Maître Sacré ! Lui pourrait nous enseigner !"

Gaurinath, le troisième des quatre compagnons, trouvant cette idée fabuleuse objecta :
- "Oui, Raji à parfaitement raison ! Mais comment le trouver ? On dit de lui que depuis que le Bouddha n'est plus ici bas, personne ne l'a plus jamais revu. A ce que les rumeurs colportent, il vit au plus profond de la forêt de palétuviers, au milieu des tigres qui le protègent."

Kunja, le plus jeune et le dernier, s'exclama :
- "Mais nous, animés par nos bonnes intentions, nous pourrions le trouver !"

A ces mots, les quatre compagnons envisagèrent la situation.

Puis, convaincu que c'était leur chance, Dhiraj décida :
- "Kunja à raison ! Mettons-nous en route dès à présent pour prendre la direction de la forêt ! Nos bonnes intentions nous conduirons au Maître Sacré."

Et voila comment, ils partirent le cœur plein d'entrain, l'âme toute légère.

Après un long voyage, finalement ils arrivèrent à la forêt de palétuviers.

L'eau était présente partout et la moiteur des lieux faisait couler la sueur sur leur visage et leur corps, mais cependant, aucun des quatre compagnons ne se plaignait.

Il continuaient, par moment l'eau jusqu'aux genoux, par moment l'eau jusqu'aux épaules.

Bien entendu, la peur de croiser un tigre les tenaillaient !

Mais comme ils étaient pleins de bonnes intentions, ils espéraient que le tigre, si ils le rencontraient, passerait son chemin.

Un jour passa, puis deux, puis trois, lorsque soudain, posant le pied sur la terre ferme, sur une île cachée ou poussaient de grands palétuviers, Dhiraj, Raji, Kunja, et Gaurinath, les quatre compagnons, aperçurent une cabane de bois.

D’instinct, ils savaient que c'était là !

Là que vivait le Maître Sacré.

Ravis il s'écrièrent alors:
- "Hourra, nous l'avons trouvé !"

Et c'est à ce moment là, ce moment précis que la porte de la cabane s'ouvrit, laissant apparaître le Maître Sacré et ses trois tigres qui le protégeaient.

S'avançant prudemment vers lui, vers eux, les quatre compagnons s'agenouillèrent pour montrer leur respect et faire déférence.

Dhiraj alors expliqua :
- "Maître Sacré, il y a des jours et des jours que nous parcourons la forêt pour vous trouver. Nous sommes venus à vous car nous voulons être enseignés à la voie de l’Éveil. Nous avons suivi nombre et nombre de sages et de maîtres auparavant, mais tous nous ont dit que nous devions faire preuve de patience dans notre jeunesse impatiente. Nous voulons connaître jeunes le chemin de l’Éveil et ne pas attendre nos vieilles années pour le rencontrer. Accepterais-tu de nous enseigner, oh Maître Sacré ?"

Au départ hésitant, le Maître finalement leur dit :
- "Je le peux ! Mais à une seule condition."

Tout heureux, Raji demanda :
- "Sachez bien Maître que quelle qu'elle soit, elle est acceptée d'avance par nous quatre ! Soyez certain que nous remplirons les obligations de cette condition."

Sans répondre directement au propos de Raji, le Maître Sacré leur dit alors :
- "Pour que je vous enseigne mes quatre jeunes amis, chacun d'entre-vous devra me rapporter enfermé dans un sac, le serpent le plus venimeux qui soit. De plus, il devra être attrapé de vos propres mains."

Sur cette condition bien étrange et bien dangereuse, les quatre compagnons sentirent un frisson caresser leur échine.

Le serpent le plus venimeux qui soit était déjà dangereux, mortel même, mais l'attraper de ses mains, et le mettre dans un sac pour le ramener, voila une condition qui réclamait une certaine réflexion.

Cependant, comprenant bien vite qu'ils avaient déjà donné par avance leur accord, les quatre compagnons acceptèrent de relever ce dangereux défi.

Et voila comment, chacun d'entre eux partit dans la forêt avec son sac sous le bras, bien décidés qu'ils étaient à attraper un cobra.

L'après midi passa et c'est lorsque la soirée arriva, au moment ou le soleil allait tirer sa révérence, que les quatre compagnons revinrent trouver le Maître.

Chacun d'entre eux portait un sac sur le dos, un sac grouillant et remuant.
Ils déposèrent alors leurs sacs sur le sol et reculèrent d'un pas, tous fiers qu'ils étaient d'avoir réussi l'épreuve.

Sur cela, le Maître Sacré s'avança, ouvrit un à un les sacs et libéra tous les cobras.

Au début surpris de se trouver là, rampant sur le sol pour se sauver, ils virent le Maître Sacré et firent à leur tour révérence devant lui.

Sourire aux lèvres, le Maître Sacré rendit à son tour la révérence a chacun des reptiles, puis se tournant vers les quatre compagnons, d'un ton ferme, il leur dit :
- "je vous ai demandé de me rapporter le serpent le plus dangereux du monde, et vous, vous me rapportez ces innocentes créatures, ces cobras majestueux !"

Sidéré par cette bien curieuse réponse, Dhiraj expliqua :
- "Mais Maître Sacré, nous ne comprenons pas ! Nous avons suivi vos instructions à la lettre et la condition est remplie ! Vous nous avez demandé de vous rapporter le serpent le plus venimeux qui soit, et ce serpent c'est le cobra !"

Le Maître répliqua :
- "Je vous ai effectivement demandé que chacun d'entre-vous me rapporte le serpent le plus venimeux du monde, mais le cobra, ce n'est pas celui-là !"

L'esprit emplit de confusion, Kunja demanda :
- "Mais Maître, si ce n'est pas le cobra, alors quel est donc ce serpent là ?"

A ces mots, tandis que les quatre cobras capturés regagnaient les fourrés, le Maître Sacré répliqua :
- "Mes enfants, si je vous montrais ce serpent là, ainsi que l'endroit ou il se cache, me le rapporteriez-vous ?"

Immédiatement, les quatre compagnons acceptèrent.

Le Maître Sacré alors déclara :
- "Et bien mes enfants, sachez que ce serpent, le plus venimeux du monde, que je vous ai demandé de me rapporter, n'est autre que votre propre égo qui se tapit sournoisement en vous. Si vous êtes capable de l'enfermer dans un sac et me le rapporter, alors je serais d'accord pour vous enseigner la manière d'atteindre rapidement le chemin de l’Éveil. C'est la condition !"

Un brin contrarié, Gaurinath expliqua :
- "Notre propre égo ! Mais Maître sacré, comment faire pour l'enlever de nous et le mettre dans un sac, cela est impossible ?"

Avec un grand sourire, le Maître alors termina :
- "Et bien, si vous ne le pouvez pas, alors vous pouvez choisir de rester avec moi : je vous l’enseignerai ! Et quand au chemin de l’Éveil, ce n’est pas moi mais le temps qui vous l'apprendra."

Et c'est ainsi que se termine ce conte.

Alors ?

Alors chères toutes et chers tous, se défaire des attaches de l'égo est une tâche singulièrement plus périlleuse et bien plus difficile que d'attraper un Cobra, vous comprenez ?

L’égo est bien le serpent le plus venimeux...

De même, n'oublions pas aussi de lire le texte sous la photo : il pourrait nous ouvrir encore quelques portes.

Cristal

 

"Si on vous frappe avec une canne, il n’y a aucune raison de se mettre en colère après la canne, car elle se trouve dans la main de l’autre personne. Ce serait totalement insensé de se mettre en colère après la canne. De même que la canne, la personne n’a aucune liberté. Elle est l’esclave de la colère, elle est totalement sous son contrôle. Cette personne n’a donc pas le moindre atome de liberté. Elle est le jouet de la colère. Cette personne n’est donc qu’un objet de compassion. Lorsque nous réfléchissons de cette façon s’élèvent, la compassion, la pitié, le souhait qu’il (ou elle) soit libéré(e) de ses problèmes. Générer de la compassion signifie prendre la responsabilité de libérer l’autre de la colère en pensant : « Comment puis-je apporter mon aide pour libérer cette personne du joug de la colère ? Même si vous ne pouvez rien y faire maintenant, vous pouvez toujours prier en vue d’acquérir cette capacité. Ainsi, peu importe son degré de colère, vous n’êtes pas affecté : même si on vous insulte sans cesse. Donc le fait que la colère s’élève ou non, ne dépend pas du comportement d’autrui..."

Enseignement du Très Vénérable Lama Zopa Rinpoché

 


CRISTAL HIMALAYA·MERCREDI 20 JANVIER 2016